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Les communications du RCAAQ
Bulletin Vol 13, no° 3, juin 2004
La Biennale de l’art africain contemporain DAK’ART 04
Par Bastien Gilbert, RCAAQ
Le directeur du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec était invité à la Biennale de l’art africain contemporain DARK’ART 04, Dakar, Sénégal, du 7 mai au 7 juin 2004. Bastien Gilbert y prononçait une communication dans le cadre des rencontres organisées pendant la première semaine de l’événement.
La sixième Biennale de l’art africain contemporain a mis en évidence la place du Canada (et non du Québec) dans cette région du monde. Jury de sélection présidé par Sara Diamond, la directrice du Media Lab du Banff Centre; financement par l’ambassade du Canada, réception à la résidence de l’ambassadeur, exposition dans les locaux de l’ambassade : on dit même que l’omniprésence canadienne a froissé la France, étrangement absente selon les habitués de cette manifestation. La présence des pays occidentaux, de l’Europe, des États-Unis, par leurs représentations diplomatiques ou leurs antennes culturelles, centres culturels divers, Fondation Ford, etc., donne un aperçu des enjeux politiques dont l’Afrique est le théâtre. Et permet les discussions sur l’africanité, la place de l’art africain sur le marché mondial et surtout du corpus d’œuvres rassemblées dans les locaux de la Biennale, le CICES. On reste étonné aussi de la place que prennent les institutions de l’État sénégalais à l’occasion de cet événement. L’ouverture de la Biennale s’est faite en présence du président de la République, Maître Abdelasaye Wade, qui porte aussi le titre de premier Protecteur des arts et des lettres du Sénégal, et de tout son gouvernement; la ministre de la Culture et du Patrimoine historique classé, madame Safiétou Ndiaye Diop, a reçu les invités de façon fastueuse et la couverture médiatique prenait toujours en compte la place des officiels. La Biennale de Dakar, c’est aussi un OFF très présent et surtout très officiel, puisque tout à fait intégré au IN…
Trente-trois artistes ont été invités à montrer leurs œuvres dans cette relativement petite biennale, tous artistes nés en Afrique ou faisant partie de la diaspora africaine. Selon les indications de Sara Diamond lors de son discours d’ouverture, la sélection s’est effectuée d’après des sélections nationales, sans que le jury ait l’ambition de représenter l’ensemble des pays africains. Les œuvres sont d’intérêt tout à fait inégal et laissent un peu sur leur faim ceux qui ont pu rencontrer de grands artistes africains à la Biennale de La Havane ou à la dernière Dokumenta. De même, les œuvres présentées en OFF proviennent souvent de galeries très traditionnelles, Dakar devenant lieu et occasion de montrer tout ce qui se fait en l’art. En ce sens, la Biennale est une réussite d’intégration et l’affichage du OFF, très visible, permettait de voir de l’art même dans la brousse, à l’île de N’Gor ou sur celle de Gorée.
La Biennale, c’était aussi les Rencontres et Échanges qui, pendant trois jours, réunissaient les invités à la Maison de la culture Douta Seck pour discuter de l’avenir des biennales africaines, de mondialisation, de diversité culturelle et de création africaine. De grands noms y ont fait des présentations, Hans Ulrich Obrist ou Ivo Mesquita, ou encore Okwui Enwezor, ex-commissaire de la Dokumenta 2002 qui en a profité pour annoncer la fin du commissaire… D’autres sont intervenus, comme Virginia Perez Raton, fondatrice de Teorética, à San Juan de Costa Rica qui a critiqué durement l’organisation souvent déficiente de la Biennale (nombreux retards lors des présentations, œuvres absentes, difficultés pour les conférenciers de connaître le sujet de leurs conférences) ou Eri Camara, sociologue sénégalais vibrant et vivant au Mexique depuis 25 ans et ardent défenseur de la culture africaine, opposée aux impératifs européens ou occidentaux. Et votre humble serviteur, qui a choisi de parler, comme à son habitude, du réseau des centres d’artistes québécois durant ces Rencontres et Échanges. Il a repris ce thème le lendemain, à Keur Thiossane, villa de l’art et du multimédia, qui réunissait des représentants d’organisations artistiques et culturelles émergentes en Afrique et ailleurs dans le monde. Sa présentation a été faite, cette fois, à l’intention des artistes africains, intéressés à présenter des projets dans les centres québécois.
Et la Biennale, c’était beaucoup Dakar, agréablement située sur une presqu’île entourée de toutes parts par l’océan Atlantique, lui assurant la plus agréable des fraîcheurs à tout moment de la journée. Le Sénégal est un pays musulman où l’influence culturelle et politique française tempère d’éventuels excès religieux; la religion y est une affaire privée. Le « petit commerce » prend toute la place sur les trottoirs ou dans les rues encombrées que nous ouvraient nos policiers motards au son de leurs sirènes et avec force moulinets des bras! Car la réception y a été fort aimable et les rencontres nombreuses avec une très multiforme Afrique, qui ne livre pas tous ses secrets en une semaine.

